Intelligence Économique & Gouvernance

Trafic de drogue en Algérie

Le trafic de drogue en Algérie a commencé à prendre une ampleur inquiétante à partir des années 2010, 2011, 2012 et 2013. Bien sûr, il n’y avait, dès le début, aucun doute quant à l’origine du problème qui était bien identifié.

Tout le canabis (hachich) qui circulait à l’époque en Algérie provenait d’un seul pays : Le Maroc.

Ce n’est que bien plus tard, que le trafic de drogue s’est diversifié avec l’entrée fracassante des drogues dures, la cocaïne en l’occurrence, et qui nous venait cette fois-ci de lointains pays d’Amérique Latine.

C’est donc vers le début de l’année 2013 que les pouvoirs publics ont tiré la sonnette d’alarme. Le trafic de drogue venait de franchir une limite inacceptable : 200 Tonnes de Canabis saisies en Algérie en une seule année, du jamais vu.

Quelle serait alors la quantité de drogue qui est passée en travers des filets des services en charge de la lutte contre le trafic de drogue ? Il fallait donc trouver à tout prix une issue à ce phénomène.

Quelles étaient les informations en notre possession sur ce phénomène ? En réalité, bien peu. Et comment réduire à sa plus simple expression ce danger pour la santé de nos concitoyens ?

أضعف الإيمان !

Une démarche d’intelligence économique !

Il fallait donc commencer par collecter de l’information utile afin d’être éclairé sur les mesures à prendre pour endiguer le phénomène. Nous avons donc commencé par les informations disponibles et accessibles immédiatement à savoir les circonstances ayant abouti à des saisies de drogues. Et c’est ainsi qu’une première base de donnée a vu le jour pour mieux connaître ce phénomène.

La base de donnée de suivi des saisies de drogue était constituée des champs suivants :
▪︎ Date de saisie de drogue
▪︎ Quantité saisie
▪︎ Lieu de saisie
▪︎ Par qui ?
▪︎ Circonstances des saisies
▪︎ Nombre de personnes interpellées

La base données était des plus simples mais avec un champs clé : Circonstances des saisies.

Ce champs nous donnera la possibilité d’avoir une première évaluation de l’opération de saisie et sur le temps, il nous fournira une appréciation précise sur la qualité du travail effectué par les organes chargés de la lutte contre le trafic de drogue, et c’était déjà pas mal pour un début : Évaluer l’action des services en charge de la lutte contre le trafic de drogue.

Pour ce champs particulier (circonstances des saisies de drogue), il fallait préciser si les saisies de drogues effectuées étaient :
👉 Le résultat d’investigations et/ou de renseignement,
👉 Des saisies fortuites ou des découvertes accidentelles,
👉 Des rejets par mer,
👉 Des dénonciation de citoyens ou de concurrents.

En faisant le décompte par période, par wilaya et par service en charge de la lutte contre la drogue, il était possible d’arriver à une bonne évaluation de l’efficacité des actions entreprises par les services en charge de la lutte contre le trafic de drogue.

Cette base de données nous a été très utile l’année 2014 où il a été constaté une baisse substantielle des quantités de drogue saisies durant cette année et qui sont passées de 200 à 100 Tonnes de Canabis saisies : Soit une baisse considerable de 50%.

La grande question qui s’est posée alors était de savoir qu’est-ce qui pourrait justifier cette baisse substantielle de Canabis saisi :

➡️ Est-ce un résultat heureux des  activités des services en charge de la lutte contre le trafic de drogue qui ont réussi à empêcher les trafiquants de drogue de distribuer leur poison ?
➡️ Est-ce une réduction des incursions de nos voisins de l’ouest en direction de notre pays ?
➡️ Ou tout simplement une autre raison ?

Il faut préciser que les médias locaux se sont mis eux également à l’analyse de cette soudaine baisse de saisie de drogue en mettant en avant (sans preuve ni argumentaire sérieux) qu’elle était le résultat de l’efficacité de nos services en charge de la lutte contre le trafic de drogue. Chaque journaliste mettait en avant le service de sa préférence et c’est cela qui a attiré notre attention.

L’interrogation de la base de donnée de suivi des activités de saisies de drogues nous a été d’une grande aide pour nous éclairer et les requêtes lancées ont fait ressortir un fait inattendu :

Sur les onze mois analysés de l’année 2014 (de janvier à novembre 2014), seul un seul mois a été identifié comme un mois où les services en charge de la lutte contre le trafic de drogue ont été efficaces. Un seul mois sur onze où nos services de lutte contre le trafic de drogue ont fait correctement leur travail : Un bilan finalement très peu reluisant.

Une note d’attention a bien entendu été diffusée à l’ensemble des organes en charge de lutte contre le trafic de drogue pour leur faire part de leur très mauvais bilan d’activités.

En réponse à cette diffusion, nous avons pu constater que le dernier mois de l’année 2014 (décembre) a été fructueux et tous les services ont essayé, pour se rattraper, d’améliorer leurs prestations : Une preuve que la note d’attention a porté ses fruits.

Voilà donc un cas bien concret sur une manière d’évaluer l’efficacité de services en charge d’une mission particulière et ce à partir d’informations très banales et accessibles au commun des mortels.

Lorsque nous mettons en place une démarche d’intelligence économique, il n’est pas nécessaire d’essayer d’accéder à des informations « grises » ou encore de tenter de collecter des informations de manière intrusive, illégale ou non réglementaire, le risque de poursuites judiciaires n’étant jamais très loin.

L’intelligence économique a pour vocation première de collecter uniquement de l’information ouverte, disponible, accessible et cela reste largement suffisant.

Tout votre génie devra être déployé pour identifier avec précision les ressources d’informations disponibles et utiles pour vos besoins de gestion. Nous n’inventons rien, nous ne faisons que transformer ce qui existe déjà et tout est accessible pour celui qui sait bien observer et poser les bonnes questions autour de lui.

(C) 2026 Labdi Abdeldjelil

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