Intelligence Économique & Gouvernance

Le digital et les métiers du numérique ont-ils un avenir en Algérie ?

Je tiens en premier à rassurer mes lecteurs pour leur dire que ma réponse est évidemment et inévitablement oui, un grand oui. C’est la dialectique de la vie. Toute chose est appelée (et souvent condamnée) à évoluer favorablement.

Toutefois, il ne faut pas se leurrer et mettre la charrue avant les bœufs. La première contrainte est d’ordre juridique et réglementaire et concerne la promulgation de la loi sur le E-Commerce (et E-payement). Cette loi devait normalement passer avant la fin de l’année 2016 (oui je dis bien l’année 2016 écoulée) et déjà six mois de retard. Avec la nouvelle Assemblée Populaire Nationale (APN) qui vient juste d’être installée, il faut prévoir (dans le cas le plus favorable) que sa promulgation ne pourrait intervenir avant la session d’automne 2017. 

Conclusion : Pour les E-Marketeurs nationaux, il va falloir patienter énormément. La culture « Allah Ghaleb » (Traduction : C’est Dieu Tout Puissant qui commande toutes les destinées) est bien ancrée et intégrée chez nous.

La deuxième contrainte a trait au fait que notre pays développe (depuis fort longtemps) une allergie aiguë à tout ce qui a trait aux nouvelles technologies. Le numérique laisse des traces et nous n’aimons pas laisser de traces. Vive l’économie informelle où l’on ne paye aucun impôt.

Il s’agit en fait d’une très grosse contrainte et les différents responsables qui ont exercé au niveau du Département Ministériel en charge des TICS n’ont pu faire grand-chose. Les résistances à l’essor des nouvelles technologies en Algérie sont très fortes. La preuve, le Ministère délégué au numérique nouvellement créé ne figure plus dans l’organigramme du nouveau gouvernement. Lecture : Le numérique n’est pas une priorité pour le gouvernement. Tout le reste n’est que discours.

Enfin, la troisième contrainte a trait aux conditions quant à l’accès à l’internet et à sa fiabilité en matière de débit et de continuité du service. A cette mauvaise prestation de fourniture d’accès à Internet, il y a lieu d’ajouter que les derniers examens du BAC sont une bonne illustration de l’image que ce fait l’autorité quant à Internet et la preuve que nous ne maitrisons pas encore suffisamment cette technologie rendue, à tord, responsable de dérives comportementales.

Les pouvoirs publics ont neanmoins envisagé et mis en œuvre des solutions pour régler de manière définitive la question du débit et de la continuité du service Internet. Pour ce qui concerne l’Internet grand public, il sera définitivement résolu avec l’entrée en activité du câble sous marin Oran-Valence et Alger-Valence via Oran, un projet qui enregistre toutefois beaucoup de retard quant à son exécution.

Une autre solution, qui concerne cette fois-ci les professionnels, est envisagée avec la mise en orbite d’un satellite de télécommunication qui va bientôt fournir de la bande passante. Avec ce projet, l’Algérie va rattraper un immense retard en matière de diversification de sources d’accès à Internet. Toutefois cette source d’accès à Internet ne sera pas à la portée du grand public et sera chère. Elle est, à l’origine, plutôt destinée aux professionnels.

En conclusion, je dirais que de gros efforts sont actuellement entrepris par les pouvoirs publics (avec beaucoup de retard en matière d’exécution assortis d’une communication bien insuffisante) pour démocratiser l’accès à l’Internet grand public. Lorsque tous ces projets aboutiront, cela permettra certainement une croissance exponentielle des métiers du numériques.

Notre pays est en train de faire sa transformation digitale à très petit pas, douloureusement et péniblement mais ça avance quand même. « Allah Ghaleb ».

Ce contenu a été publié une première fois en juillet 2017. Le projet de fibre optique ORVAL reliant l’Algérie à l’Espagne n’est toujours pas entré en fonction et la régularité ainsi que la qualité du débit Internet ne s’est pas du tout amélioré. Il va falloir encore patienter pour avoir des jours meilleurs.

Allah Ghaleb.

(C) 2019 Labdi Abdeldjelil

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Protectionnisme et économie de marché : Mise au point

Dans leurs analyses de la situation économique en Algérie, de nombreuses entités (sites électroniques spécialisés et Union Européenne notamment) ne se privent nullement de critiquer notre pays en mettant en avant son protectionnisme exagéré, les obstacles au commerce et à l’investissement ainsi que l’absence d’avancées de notre pays dans ses négociations d’adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce.

C’est en lisant différents articles sur la question que j’ai estimé nécessaire de faire une mise au point et clarifier certains aspects que j’estime importants dans l’intérêt de mon pays.

En premier, l’Algérie n’a aucun intérêt à aller vers un accord avec l’OMC (du moins pour le moment) et pour la simple raison que nous ne sommes pas encore prêt (ni préparés et ni suffisamment formés) pour placer de manière intelligente nos produits (en dehors des hydrocarbures) sur les marchés extérieurs . Un accord avec l’OMC signifierait tout simplement l’arrêt immédiat de notre outil de production national ainsi que la cession d’activité d’une multitude d’entreprises publiques et privées avec toutes ses retombées sociales.

Déjà nous ne produisons pas grand chose. Et même en ce qui concerne ce que nous produisons, il est à parfaire en matière de qualité, de fiabilité et de coût. Améliorons notre produit national, fidélisons nos clients nationaux et la seconde étape viendra toute seule.

Qu’est-ce que nous pouvons placer comme produits Algériens sur les marchés extérieurs ?

Essentiellement et en priorité des produits agricoles bruts ou transformés. Notre pays retrouvera ainsi sa vocation agricole d’antan et renforcera également sa sécurité alimentaire. L’Algérie est un pays à vocation agricole par excellence. De grandes superficies de terres qui ne demandent qu’à être travaillées, de l’eau en abondance, il suffit de la chercher là où elle est et enfin du Soleil toute l’année.

Éventuellement du tourisme sous certaines conditions. L’Algérien n’est pas toujours très accueillant vis à vis des touristes étrangers contrairement à nos voisins Marocains et Tunisiens. Il s’agit d’un problème lié à l’acceptation par la société de la culture du tourisme. Il y a lieu alors de réfléchir à ce qu’il y a lieu de faire pour changer les mentalités et ce n’est guerre facile. Concernant les services, ils restent malheureusement encore à reconstruire et parfaire.
Pour les produits manufacturés ou industriels, il ne faut pas se leurrer, la route est encore longue.

En conclusion, je dirais que si nous avons fait beaucoup de mécontents et bien tant pis. Si pour satisfaire à leurs doléances, il faut se suicider et bien nous ne sommes pas d’accord. Le Gouvernement Algérien a bien raison de continuer à freiner la maladie de l’importation tout azimut dans son plan d’action. L’Europe a déjà siphonné toutes nos réserves en devises et l’accord d’Association entre l’Algérie et l’UE a été très en faveur de cette dernière. Nous nous sommes malheureusement beaucoup éloignés du partenariat « Gagnant/Gagnant » qui était supposé régir nos relations avec l’UE.

Ce contenu a été publié une première fois en juin 2017.

(C) 2019 Labdi Abdeldjelil

 

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La gouvernance en Algérie : Quelques pistes de réflexion

Cet article dresse un constat sur quelques problématiques dont souffre l’économie en Algérie. Il apporte également des pistes de réflexion, voir des solutions que certains preneurs de décisions pourraient appliquer ou du moins, s’en inspirer. En voici quelques axes:

Projets financés et pilotés par les pouvoirs publics  :

La question primordiale a trait aux modalités pratiques d’octroi de marchés aux opérateurs (privés et publics).

Quels sont les critères qui ont prévalu jusqu’à l’heure actuelle ? Comment favoriser les entreprises qualifiées et performantes ayant les moyens de réalisation en rapport avec les projets envisagés ?

Est soulevé dans ce chapitre le problème des déviations en matière d’octroi de marchés (phénomène de la corruption – pots de vin – trafic d’influence etc.). En d’autres termes comment ouvrir le marché et laisser la libre concurrence faire son entrée ? Cela ne relève pas de l’impossible mais est bien dans le domaine du réalisable pour peu qu’il y est une réelle volonté des pouvoirs publics à le faire.

L’autre volet est de savoir comment et dans quelle mesure nous pouvons favoriser les entreprises locales (privées ou publiques) pour les faire bénéficier de projets à réaliser sans que cela n’entrave le bon déroulement des différents programmes projetés. L’impact de cette action ne sera que bénéfique sur l’état d’esprit des populations en général et renforcera la crédibilité de l’état et la confiance des citoyens envers leur République. Durant ces dernières années, l’image de l’état a pris un sérieux coup en raison des comportements déviants de certains de nos responsables.

Quelles solutions pour quels besoins en Algérie?

Nos besoins sont immenses. En matière de développement et avec tout ce qui a été entrepris, nous accusons toujours un retard dans les domaines suivants :
– Réalisation de logements,
– Réseaux de distribution en eau potable,
– Réseaux d’assainissement (évacuation et traitement des eaux usées),
– Hygiène publique (voirie),
– Santé publique – Déficit en matière de couverture médicale (encadrement – infrastructure et matériel médical spécialisé),
– Protection de l’environnement,
– Infrastructures touristiques,
– État de délabrement avancé de nos quartiers (État des rues – Éclairage public etc.).

En matière d’enseignement, l’Université Algérienne est coupée des réalités et n’a aucun contact avec son propre environnement. Elle dispense des formations universitaires qui ne répondent pas toujours aux besoins. Quel peut être l’intérêt d’enseigner le génie mécanique dans une région qui n’a pas d’industrie automobile et n’en aura pas dans l’avenir ? Des cursus de formation dans les domaines de l’agriculture saharienne, des études de vétérinaires spécialisées, études de médecine ciblées sur des pathologies récurrentes seraient beaucoup plus appropriées et rendront un grand service à la nation. Il y a lieu d’adapter et de conformer les cursus de formation avec les spécificités et demandes propres à chaque région du pays.

En matière de développement, les véritables secteurs à encourager sont ceux de l’agriculture, du tourisme, de l’artisanat ainsi que ceux des services.
Le développement et l’encouragement de l’investissement dans le secteur de l’agriculture permettra à notre pays à réaliser au moins son autosuffisance alimentaire, et il en a les moyens : Eau abondante, il suffit juste de la chercher là où elle est – Grandes superficies de terres qui ne demandent qu’à être mises en valeur et à être fertilisées – du soleil 12 mois sur 12 – du vent en abondance dans certaines régions où l’on pourrait installer des éoliennes – Un potentiel géothermique extraordinaire non exploité et j’en passe.

N’en déplaise à certains, l’Algérie ne deviendra jamais un pays industriel : Ce n’est pas sa vocation ni d’ailleurs son intérêt. Nous avons peut être un avenir dans le domaine minier avec la mise en exploitation (et pourquoi pas vente ou partenariat) de nos nombreuses ressources minières qui participeront certainement au développement avec toutes les conséquences économiques et sociales qui en découleront.

La problématique de l’emploi :

L’emploi est un problème national (ou plutôt mondial) et son évolution est liée directement à l’état de l’économie du pays et de l’économie mondiale. L’État n’a pas les moyens ni la possibilité de créer des emplois et encore moins de les décréter. Les dispositifs d’aide mis en place (Emploi jeunes – ANSEJ – CPE etc.) sont une fausse solution face à un vrai problème.
Il ne faut pas se leurrer, ces dispositifs n’ont qu’un effet d’atténuation et ce dans le cas où ils sont vraiment orientés vers les personnes qui en ont le plus besoin : Est-ce toujours le cas ?

L’État est entrain de dépenser un argent fou mais pour quels résultats ? La relance de l’emploi passe inévitablement par le développement d’une véritable économie, le retour à la croissance et il n y a aucune autre issue.

Les pouvoirs publics ont deux fonctions de régulation importantes par le biais desquelles ils gèrent l’économie et peuvent agir :
– Le taux d’intérêt bancaire,
– La fiscalité.
Grâce à ses deux leviers fondamentaux de l’économie, l’État peut encourager ou décourager un secteur d’activité en fonction de ses besoins et objectifs recherchés. Pour ce qui est des régions du Sud, l’agriculture, le tourisme et l’artisanat sont des créneaux créateurs d’emploi et de richesse. Ils doivent être encouragés grâce à un accès facile aux crédits en faveur de potentiels investisseurs ainsi que de la mise en œuvre d’une fiscalité équitable et attrayante : Nous n’avons pas le choix.

Préservation de l’ordre public et gestion de la contestation sociale :

La préservation de l’ordre public et de la sécurité sont des préoccupations essentielles des pouvoirs publics et particulièrement ces dernières années où il est observé une croissance des revendications par les citoyens qui n’hésitent plus à exprimer leur ras le bol face à l’inertie des pouvoirs publics quant à la prise en charge de leurs préoccupations.
La contestation sociale a pris des proportions telles qu’elle est devenue un véritable problème de sécurité nationale dans la mesure où les actes de violence prennent des proportions inquiétantes (Destruction d’édifices publics – Incendies – Routes bloquées – Atteintes aux biens et aux personnes etc.).

Le travail à mener dans l’avenir doit être axé essentiellement sur un arsenal d’outils permettant la prévention de ces conflits et les gérer avant leur survenance. Quant une contestation explose, c’est l’échec consommé des pouvoirs publics qui est mis en évidence.
Empruntant le terme au jargon économique, il y a lieu de réfléchir à la mise en place d’un véritable tableau de bord social qui permettra de voir venir la contestation et la prendre en charge avant sa manifestation.

Un immense travail de collecte de données devra être entamé afin d’analyser les mouvements sociaux et de prendre les décisions appropriées. Les données doivent bien sûr être objectives, pertinentes, rationnelles et mesurables. Les outils technologiques sont bien disponibles et Big Data et IA feront magnifiquement l’affaire. Telle est résumée l’action que doivent entreprendre les différents démembrements de l’État et des pouvoirs publics.

Je dirais enfin en guise de conclusion que notre pays dispose de tous les ingrédients de la réussite, du progrès et de la croissance économique. Un vaste territoire, plus de 40 millions d’habitants dont la majorité ne sont pas handicapés physiques ou mentaux, des besoins énormes ainsi qu’un pouvoir d’achat bien réel. De l’eau en abondance et du soleil toute l’année. Des matières premières abondantes, diverses et variées, des terres qui ne demandent qu’à être travaillées.

Qu’est-ce qui nous manque ?

Je pense, un peu de bonne gouvernance avec des hommes sincères et authentiques qui la conduisent.

Cet article a été publié une première fois en juin 2017 et reste malheureusement d’une brûlante actualité.

(C) 2019 Labdi Abdeldjelil

 

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Vers une meilleure gouvernance des entreprises publiques

L’Algérie doit revoir dans l’urgence sa stratégie vis à vis des hydrocarbures et entamer un véritable renouveau pour construire un avenir prospère pour sa population. Il est grand temps pour nous d’abandonner définitivement une stratégie économique basée uniquement sur la rente pétrolière et investir plus sérieusement dans les vraies valeurs que sont le travail et l’effort.

Allant à contre sens du discours officiel, je dirais que notre pays n’a pas encore opté pour un choix économique clair. Nous avons effectivement pris conscience de l’échec et des limites de l’option socialiste la fin des années 80 et entamé alors des réformes économiques au sens petit du terme. Nous sommes toujours depuis 1989 à ce jour, dans une phase de transition vers une économie de marché et ce processus n’a pas encore abouti. Trente ans de transition ! N’est-ce pas un peu trop.

Il sera question ici d’identifier quelle serait la meilleure voie pour « normaliser » notre économie et l’intégrer progressivement à la mondialisation pour en tirer le meilleur parti. En d’autres termes, il s’agira de voir quel contenu donner à nos réformes économiques et sur quoi il y a lieu d’agir pour sortir de la dépendance des hydrocarbures, entamer une authentique diversification de notre économie nationale qui sera la seule à nous garantir un avenir prospère.

Pour ce faire, le premier chantier d’urgence à ouvrir serait de revoir de manière radicale, la gouvernance des entreprises publiques. L’objectif visé serait de faire des nombreuses et importantes entreprises publiques nationales une véritable force d’avant-garde quant à la mise en place de nouveaux modes de gestion compatibles avec la libre entreprise et la sanction du marché.

Le défi à relever est celui de faire des entreprises publiques algériennes des lieux de production et de création de richesse. Une entreprise qui ne produit pas de richesse s’appauvrit au fur et à mesure pour normalement disparaître. Nos entreprises, crées pour la plus part par décret au lendemain de l’indépendance, continuent d’exister à ce jour. Certaines, accumulent déficit sur déficit sans pour autant rendre des comptes. Combien d’entreprises ont été mises en faillite depuis l’indépendance à ce jour ? Presque aucune !

L’entreprise publique a toujours fonctionné dans la facilité. Aucune obligation de résultat ou de performance ne lui était exigée. L’accès aux sources de financement était administré et sans aucune condition ou critère économique préalable. Le souci principal des entreprises industrielles était de produire. Produire quoi ? Pour qui ? A quel prix ? Des interrogations auxquelles ces entreprises étaient totalement indifférentes. L’essentiel était de satisfaire le plan de production arrêté.

D’autre part, l’entreprise a beaucoup plus fonctionné en tant qu’entité sociale loin de tout impératif économique et cela continue d’être le cas même aujourd’hui. L’entreprise publique algérienne souffre depuis plus de trente ans. Son mode de gouvernance est archaïque, hérité du système dit « d’économie planifiée » où l’Etat jouaient un rôle prépondérant. Le mode de nomination des patrons de ces entreprises publiques est ce qu’il est et n’a pas beaucoup évolué. A ce jours, les patrons de ces entreprises sont nommés par décret ce qui soulève l’éternelle question des critères d’appréciation de ces cadres.

Sont-ils nommés sur la base d’un curriculum vitae et des résultats obtenus en termes de gestion au cours de leur carrière ? Sur quelle base une tutelle procède à la désignation d’un PDG d’entreprise. La compétence, le dur labeur, l’effort soutenu dans le travail, les résultats obtenus ? Le réseau de relations ? ou d’autres options ou critères ?
Il faut souligner qu’il y a très peu (ou plutôt pas du tout) d’entreprises algériennes où il y a existence d’un contrat d’obligation de résultat et d’objectifs précis à atteindre sur la base desquels s’engagent le conseil d’administration et le PDG vis-à-vis des autorités de tutelle.

Il n’existe également aucun lien entre la rémunération du cadre dirigent et les résultats obtenus en matière de gestion.
Et pour ce qui a trait à la question de la propriété des entreprises publiques, des réponses doivent être apportées aux questions suivantes : Qui est le propriétaire de l’entreprise publique ? Qui est le propriétaire légal ? Et qui est le propriétaire réel ? Agissent-ils en tant que patron ?  Quel est le degré d’implication des acteurs de l’entreprise dans la formation du résultat ? Quelle est la cohérence entre leurs stratégies individuelles et les intérêts de l’entreprise ? Quelles sont leurs motivations ?

Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre avec objectivité. Les différents acteurs font semblant d’être ce qu’ils sont statutairement. En fait, il est certain que s’ils étaient réellement les véritables propriétaires des entreprises, ils ne nommeraient pas les mêmes personnes. Un administratif ou un fonctionnaire n’aura jamais le réflexe d’un propriétaire ou d’un entrepreneur.

Qu’en est-il aujourd’hui du nouvel environnement des entreprises ?

Le monde est actuellement en reconstruction, instable et incertain. L’ensemble des pays de la planète essaye d’épouser la dynamique économique des puissances du moment pour tenter de rattraper le plus possible de retard et ce constat est valable pour l’ensemble des pays qui veulent émerger.

La stratégie mise en œuvre doit viser l’intégration progressive à la division internationale du travail, participer activement à la construction de l’économie mondiale pour finalement en tirer des avantages substantiels. Le moyen utilisé passe inéluctablement par la transformation des rapports économiques dominants et procéder à la mise en place de l’économie de marché.

Pour ce qui est de l’Algérie, il lui est vital d’opérer de profonds changements dans les modes de pensée économique en cours jusque là et ce dans le but d’intégrer cette dynamique car il y va de sa survie. L’entreprise publique Algérienne jusque là protégée par l’Etat contre la force régulatrice du «marché» devra s’assumer pleinement et se prendre en charge.
Suite au désengagement inévitable de l’Etat (et il est inutile d’insister sur les conséquences dramatiques qu’a eu la protection des entreprises publiques sur les ressources du pays), l’entreprise publique est condamnée à être performante si elle veut survivre et se préparer à la sanction du marché. Les cadres et chefs d’entreprises sont concernés directement et en premier lieu pour conduire cette mutation et mettre toutes les chances de leur coté et réussir.

Ce qui caractérise le plus le nouvel environnement dans lequel aura à évoluer l’entreprise publique (dans certains cas, c’est l’environnement dans lequel elle évolue déjà), c’est la «difficulté». L’entreprise publique a toujours évolué dans la facilité et de ce fait, elle n’a pas grandement évolué dans la maîtrise des outils de gestion. C’est dans les situations de difficulté que nous évoluons et progressons.
Innovation, créativité, recherche et développement, résolution  de problèmes, effort continu et soutenu dans le travail doivent être le leitmotiv de l’action des cadres.

L’action la plus urgente à entamer est la «revalorisation du travail». Cette action urgente à mettre en œuvre nécessite la définition d’une politique de gestion de la ressource humaine et ses implications sur l’organisation. Quelle sera alors la perception du changement dans l’entreprise publique ? Nous sommes tous prisonniers de nos théories. Cela forme la manière de percevoir et de traiter l’information que nous recevons allant jusqu’à influencer la manière d’appréhender les choses. La personnalité, l’expérience personnelle, les préjugés et la formation, sont autant de filtres par lesquels passe l’information qu’on reçoit. Tout cela fausse considérablement notre analyse de la situation et constitue un piège dont il s’agira de prendre conscience, car les choses ne sont pas toujours comme on les perçoit.

Les blocages et réticences des cadres se font en particulier au niveau de la perception de l’économie de marché. Cette dernière est perçue comme étant le passage d’une situation de «facilité» (et de certitude) à une situation de «difficultés», de «complexité» porteuses de nombreuses «incertitudes». La principale contrainte observée est l’évolution et l’adaptation dans la difficulté. L’intérêt de la formation à ce niveau n’est plus à démontrer.

Comment que sont les relations entre les travailleurs et leur entreprise ? La relation entre les travailleurs et leur entreprise est intéressante à analyser dans la mesure où elle nous permet d’apprécier la situation dans laquelle se trouve l’entreprise publique Algérienne. L’entreprise publique Algérienne est généralement assimilée et identifiée à l’Etat par les travailleurs et ce dans leur appréciation de la situation. Force est de reconnaître que la dévalorisation de l’idée et de la perception de l’Etat par le citoyen, a finit par ne faire appréhender les institutions publiques (et les entreprises publiques sont du lot) que sous l’angle de leur caractère inique.

Telle est la perception de l’Etat chez le citoyen, décrite si bien par feu M’hamed BOUKHOBZA dans son livre «Octobre 88 – Evolution ou rupture ?». L’Etat est rendu responsable du désordre qui règne dans la disponibilité des biens indispensables à son épanouissement. Pour le citoyen (le travailleur de l’entreprise publique est un citoyen), ses difficultés quant à la satisfaction de ses besoins ne peuvent provenir que de l’incohérence et du mauvais fonctionnement des structures créées – suivies et contrôlées par l’Etat.

L’inversion des hiérarchies sociales et particulièrement en termes matériels, entretient le sentiment non fondé objectivement, que seules certaines catégories sociales en ont tiré profit. En réalité tout le pays a profité de l’effort de développement mais peu sont satisfaits de leur condition. Au plan de la perception sociale, l’Etat est rendu responsable de deux situations aussi graves l’une que l’autre. La première c’est d’avoir promis beaucoup par rapport à ce qu’il offre effectivement. La seconde est d’avoir porté atteinte, voir facilité la remise en cause de l’échelle des valeurs qui constitue la base de la cohésion sociale. L’entreprise publique étant assimilée à l’Etat voit sa relation avec les travailleurs se faire sur le mode du conflit et de la contestation.

Plusieurs choses sont reprochées à ces entreprises qui sont aujourd’hui accusées de consacrer la médiocrité et l’incompétence de certains cadres qui parviennent à décrocher des promotions qui ne sont pas basées sur le mérite. Les meilleurs éléments ne bénéficient pas automatiquement des meilleurs avantages sociaux et de rémunération.  Ainsi, c’est toujours les mêmes qui travaillent et n’ont aucune considération.

Ils sont mal payés et souvent sanctionnés : Les «nègres» de l’entreprise. Les plus mauvais, les fainéants sont quant à eux, bien considérés. Ils ne travaillent pas assez et sont les mieux payés. Ils profitent le plus des avantages qu’offre l’entreprise et ne sont jamais sanctionnés. Les profiteurs de l’entreprise ne font rien. Bien au contraire, ils sont à l’origine de beaucoup de problèmes.

Quels seront alors les leviers fondamentaux du changement dans l’entreprise publique algérienne ?

Le diagnostic établi sur la situation actuelle de l’entreprise publique dans toutes ses dimensions est révélateur quant à l’état de délabrement dans lequel se trouve un certain nombre d’entreprises qui sont appelées à affronter la force régulatrice du «marché». Le problème lié à leur survie trouvera sa solution dans les réponses aux questions fondamentales suivantes : Comment réussir le passage obligé vers un environnement de marché ? Et Comment minimiser la résistance des acteurs de l’entreprise et réussir à les remobiliser ?

Pour ma part, j’estime qu’il y a avant tout un travail urgent à accomplir et qui consiste à revaloriser le travail. En d’autres termes, il s’agira de savoir comment mobiliser activement la ressource humaine seule capable de répondre aux défis actuels. La formation et le perfectionnement des cadres dans la maîtrise des outils de gestion sont une nécessité impérieuse pour la réussite du passage à l’économie du marché. Cette formation aura également pour but de faire adopter aux cadres de nouveaux réflexes, attitudes et comportements dans la gestion des entreprises.

La formation, à travers son contenu, devra préparer les cadres à affronter les incertitudes du marché et leur faciliter l’évolution dans le nouveau contexte. Cette formation doit être intégrée dans la stratégie de l’entreprise, comme instrument du changement et passer de la Formation/Sanction à la Formation/Promotion. Cela permettra certainement l’émergence de compétences dans le domaine de la gestion.
Faut-il donc privatiser nos entreprises publiques ?

Ce qui est sur, c’est que dans le cas d’une privatisation des capitaux des entreprises publiques (ou d’une partie de ces capitaux), on verra l’émergence d’un nouveau lobby ou groupe d’influence. Ce dernier agira en qualité de véritable propriétaire au sein de l’assemblée générale des actionnaires et aura son avis à donner sur le mode de gestion des entreprises. Cela aura inévitablement une répercussion positive et certaine sur la qualité de gestion.

En conclusion, je dirais que la précarité est le moteur de l’évolution et du changement. Il est grand temps de revenir à une situation normale. La difficulté, les contraintes et la précarité sont les moteurs de l’évolution, du changement et finalement du progrès. Nos entreprises (et cadres) ont toujours fonctionné sur le mode de la facilité et c’est normal. Il ne leur a jamais été demandé de faire des efforts dans l’amélioration de la gestion, ni exigé des résultats.

Il est grand temps de mettre en place l’évaluation des résultats de l’encadrement de manière rationnelle et permettre l’émergence de compétences, seules capables de répondre aux défis. Sans ces conditions, il ne faut pas se leurrer. Aucune évolution notable n’est à espérer.

Ce contenu a été publié une première fois en septembre 2017 et les choses n’ont pas évolué depuis. L’urgence des urgences est de décider le plutôt, d’une option claire et sans équivoque.

(C) 2019 Labdi Abdeldjelil

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Le phénomène de la corruption en Algérie

Comment sommes-nous arrivés à cette situation qui menace dangereusement la stabilité et l’avenir de ce pays ainsi que la prospérité future des jeunes générations ?

Nos chercheurs universitaires toutes disciplines confondues ont comme défi majeur cette thématique qui reste à creuser, à ausculter, à approfondir et à diagnostiquer afin d’apporter des pistes de réflexion quant aux solutions à ce phénomène.

Pour ma part, je dirais que la décennie noire des années 90 pourrait expliquer, mais en partie seulement, l’état de délabrement dans lequel se trouve aujourd’hui notre société. Il faut admettre que durant cette période sombre de notre histoire contemporaine, l’État et l’ensemble de ses démembrements n’étaient préoccupés que par la survie du pays qui était menacé de disparition. L’État était en position de stricte et légitime défense pour sa survie.

Il ne faut pas se voiler la face, l’Algérie a vécu une gigantesque agression bien planifiée et généralisée visant sa destruction définitive. Le destin de notre pays en a décidé autrement et l’histoire qui sera écrite dans les années à venir révélera les tenants et aboutissants du complot qui a visé notre jeune nation.

Que faire alors devant cet état des lieux peu reluisant pour notre jeune nation ?

Il faut rappeler d’abord que la corruption telle que nous la vivons aujourd’hui n’est pas apparue hier mais a bien mis au moins une triple décennie pour s’incruster profondément dans notre société. Le remède à ce mal profond devra lui également s’inscrire dans une durée au moins équivalente.

Il n’y a pas à mon sens de solution miracle disponible pour mettre un terme à ce fléau. La précipitation, les campagnes éphémères, les discours politico-politiciens mèneront très certainement à l’impasse et pourquoi pas à des effets contraires encore plus nuisibles. S’attaquer frontalement à la corruption est une très mauvaise stratégie qui peut conduire inévitablement à une déstabilisation encore plus prononcée et porteuse de risques majeurs pour notre jeune nation.

La corruption est un phénomène planétaire qui touche de nombreux pays, certes de façon différente d’un pays à l’autre, mais pas uniquement l’Algérie. Nos voisins immédiats sont également et directement concernés par cette problématique ainsi que de nombreux autres pays Arabes. Le continent Africain est lui aussi touché de manière durable par le phénomène de la corruption.

Afin de mieux illustrer la complexité du phénomène de la corruption, je citerais Youcef Chahed, Chef du gouvernement tunisien, qui a déclaré en septembre 2016 que “la lutte contre la corruption et le terrorisme” sont les faces d’un même phénomène ciblant le citoyen, axe central de tout développement”. Il a ajouté que la guerre contre la corruption, en demandant des comptes aux coupables, est “plus complexe, parfois plus difficile que la lutte contre le terrorisme”.

La lutte contre la corruption est une grosse et lourde entreprise. C’est le fléau de tous les pays qui essayent d’émerger. Elle ne peut être qu’une action de longue durée. Les pays développés (nos partenaires) ont une part de responsabilité dans ce fléau et qu’ils doivent assumer. Le défi est difficile, complexe et risqué mais pas impossible.

La transparence, une meilleure gouvernance, l’instauration d’un régime démocratique, la liberté de la presse et d’opinion sont des pistes à creuser. La lutte contre la corruption vaut la peine d’être engagée et ce malgré sa complexité.

Ce contenu a été publié pour la première fois en août 2017 et reste d’une brûlante actualité. Les recommandations suggérées n’ont malheureusement pas été prises en compte. Je souligne encore une fois que le mal est profond et s’attaquer frontalement à la corruption est une très mauvaise stratégie pouvant conduire notre pays au pire.

(C) 2019 Labdi Abdeldjelil

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Présentation de ma démarche

La gouvernance d’entreprise et institutionnelle font partie de mes centres d’intérêts et il m’arrivera alors d’aborder des questions qui relèvent (un peu) de la politique. Cela se produit généralement lorsque je constate des dysfonctionnements dans la gouvernance de mon pays.

Les articles que je publierai sur ses questions qui m’interpellent ne sont en fait que des réactions spontanées de ma part ainsi qu’une attitude citoyenne.

Mon souci, c’est que lorsque l’on aborde des thématiques de gouvernance institutionnelle, il est très difficile d’éviter de parler de politique. Cela me gêne énormément et met dés fois mal à l’aise certains de mes lecteurs. J’en suis désolé.

En ce qui concerne mes convictions personnelles, je tiens à préciser que j’ai développé depuis fort longtemps une allergie aiguë pour tout ce qui a trait aux partis politiques, à l’esprit partisan et aux politiciens. Je pense (peut être à tord) que la politique est la science du mensonge par excellence. Ma conviction profonde est que la politique à toujours fait du tord à tout ce qu’elle touche et tout particulièrement à l’économie, aux relations internationales et à la sécurité.

Merci pour votre compréhension.

(C) 2019 Labdi Abdeldjelil

 

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